La 300 SEL est certainement la version de la première classe S à carrosserie distinctive la plus désirable qui soit. Homogène et merveilleusement bien finie, elle peut être considérée à juste titre comme une petite 600.

On peut affirmer sans hésitation qu'elle soit la plus belle berline que Mercedes ait construite dans la période de l'après guerre. Elle est aussi la plus rare, la plus difficile à dénicher en bon état, de toutes les 300 SEL qui ont été produites. Je n'en avais jusqu'alors jamais trouvé une qui soit intéressante, et à vendre. 

Et pourtant! Fin 2010, l'une d'elles fit une apparition très brève sur un site français bien connu, sans la moindre photo qui plus est! Je devais apprendre de son vendeur qu'elle était dans un état exceptionnel, avec un tout petit kilométrage d'origine. Une voiture jamais refaite, soigneusement conservée, avec un intérieur comme neuf, bref, comme j'aime les trouver.

Malheureusement, la veille du jour où j'avais convenu de me déplacer pour la voir, je rappellai pour confirmer ma venue le lendemain, et je m'entendis dire que la voiture venait d'être vendue à quelqu'un d'autre, qui habitait tout près, et non pas à quatre cents kilomètres...

Je répondis à mon interlocuteur en lui disant tout le mal que je pensais de sa façon de traiter les affaires, et que sa voiture, je l'aurais quand même un jour, quoiqu'il l'ait vendu à quelqu'un d'autre que moi. Car je savais déjà chez qui elle était partie...

Je ne pouvais que la retrouver chez Xavier Dupoisson, qui habitait non loin de là, et qui avait été de toute évidence le premier à pouvoir aller la voir. Elle était noire, ma couleur préférée. L'intérieur en velours beige sentait encore le neuf, et malgré un montage tardif de ceintures de sécurité ainsi que d'appuie têtes aux sièges avants et de quelques autres détails à revoir, je décidai de m'en porter acquéreur.

La voiture fut livrée par transporteur directement à mon garagiste, pour une révision apropriée. Malgré un contrôle technique passé avec succès, les travaux immédiats étaient la réfection des freins qui s'évanouissaient brutalement, et le remplacement de l'échappement, dont le silencieux central accusait une corrosion perforante. Avec encore un nettoyage du réservoir d'essence, je comptais pouvoir rouler avec cette voiture...

C'était une grossière erreur d'appréciation, en fait. Même avec soixante mille kilomètres d'origine, une 300 SEL restait une voiture à la technique compliquée, source intarissable de pannes aussi multiples que répétées!

La première fut celle du poste de radio. J'avais allumé le magnifique Becker Grand Prix pour me délecter du miaulement caractéristique de l'antenne électrique Hirschmann qui venait de se déployer... Solliciter ensuite la tête chercheuse du poste fit sauter un fusible et ce fut le silence. Une fois remplacé, je me jurai de ne plus jamais effleurer cette touche, mais de tourner les boutons comme sur n'importe quel poste bas de gamme.

Une fois les flexibles changés, ainsi que le maitre cylindre et le mastervac, les freins continuèrent à s'évanouir au moindre ralentissement. Deux étriers chauffaient en diagonale, ce qui fit penser à un souci sur le répartiteur arrière. Je le fis changer, ce qui n'apporta pas l'amélioration escomptée. Les problèmes rencontrés ne devaient finalement cesser qu'après le remplacement de tous les étriers qui ne grippaient pas, certes, mais qui provoquaient un échauffement jusqu'à l'ébullition du liquide de freins...

Le nettoyage du réservoir s'avéra rapidement insuffisant, de nouvelles particules de rouille se détachant des parois à chaque trajet. La jauge d'essence ne fonctionnnait d'ailleurs plus, et au bout d'un certain temps, la voiture commençait par caler régulièrement, puis tombait en panne. Je ne pus donc échapper au remplacement du réservoir d'essence et de sa jauge, qui étaient en fait complètement rouillés.

Par la suite, la suspension pneumatique, qui par miracle fonctionnait jusqu'alors normalement, se mit aussi à faire des siennes. Par le passé, la voiture n'ayant pas vingt mille kilomètres, le bloc de commande avait déjà été remplacé lors d'une visite à la concession de Stuttgart. Mais à présent, la noble limousine s'affaissait comme une chienne faisant pipi. Une fois la couteuse soupape arrière remplacée, tout rentra à nouveau dans l'ordre.

Les vitres électriques devaient aussi causer du tracas, le jour où je m'aperçus qu'il n'était plus possible de les faire fonctionner individuellement. La commande centralisée sur la porte conducteur en était la cause, les interrupteurs ayant pris du jeu au point que le contact ne se faisait plus. Evidemment, ceux des premières 300 SEL, produites en 1966 et en 1967, n'existaient plus depuis longtemps. Mon ami Fayaud, au Luxembourg, avait encore un bloc neuf... Un seul, qu'il me vendit à prix d'or...

Je dus encore faire refaire le radiateur, qui fuyait au niveau d'une soudure. C'était sans compter la pompe à eau, qui s'était mise à goutter, elle aussi... Mais elle attendrait encore un peu, puisque l'échappement avait une nouvelle fuite, au niveau du collecteur... Un suintement d'huile au niveau du joint de culasse permettrait encore de regrouper judicieusement ces trois interventions...

La boite de vitesses automatique ne travaillait pas non plus avec toute la douceur souhaitée, le passage de la seconde à la troisième se faisant parfois de manière brutale lors d'une faible accélération. Le kickdown ne fonctionnait plus, et il fallait rétrograder à la main...

Le verrouillage central, qui fonctionnait parfaitement à l'achat de la voiture, ne fermait plus la porte passager depuis quelque temps. Encore une panne qui allait induire des recherches de fuites fastidieuses, avec le démontage des garnitures de portes!

Vous comprendrez à présent que, comme pour une magnifique 300 SE que j'avais eue précédemment, j'aie décidé de jeter l'éponge, faute de pouvoir continuer à dépenser sans compter pour une voiture aussi exigeante, et qui ne se contentait pas seulement d'avoir un solide appétit en carburant...

Au bout d'un an, j'avais déboursé en entretien presqu'autant que ce qu'elle m'avait couté à l'achat, et j'étais loin d'être au bout de mes peines... Je l'ai donc revendue à un collectionneur allemand qui m'avait déjà acheté une 220 S par le passé. Il savait qu'il n'en trouverait pas de meilleure!